Arroyos y Esteros
Le Paraguay est le 3ème pays le plus pauvre d'Amérique du Sud et un des plus corrompus du monde. La situation politique est très instable.
Arroyos y Esteros est une ville au nord-est d'Asunción. Elle est située dans une région agricole où l'on cultive essentiellement de la canne à sucre mais aussi des cultures de subsistance : manioc, maïs, … Les producteurs possèdent en moyenne 2 à 3 hectares et les plus petits ne gagnent que 300 $US par an pour toute leur famille.
L'unique industrie de la ville s'appelle OTI S.A. C'est une usine de transformation de la canne à sucre en sucre de canne. Cette filière possède la certification biologique.
Il existe 3 coopératives de producteurs dans la ville : Manduvira, Montillo et El Arroyense.
L'organisation FLO certifie la filière de sucre de canne. Pour cette certification, il y a un contrôle des 3 coopératives et d'OTI S.A.
Dans cette rubrique, nous nous intéresserons à la filière sucre de canne – canne à sucre que nous avons audité dans le cadre de notre travail pour Alter Eco.
Fonctionnement du commerce équitable sur le terrain
Le commerce équitable est apparu à Arroyos y Esteros pour aider les petits producteurs de canne à sucre. Les producteurs vendent directement, sans passer par la coopérative, au prix du marché, les cannes à sucre biologique à OTI S.A.. Cette dernière exporte le sucre à différentes entreprises dans le monde dont celles du secteur du commerce équitable. Il n'y a plus de prix d'achat minimum du sucre car celui-ci bénéficierait seulement à OTI S.A. et pas aux producteurs. Les entreprises désirant bénéficier du label commerce équitable reversent uniquement une prime de 80$/ tonne de sucre.
Cette prime est distribuée aux 3 coopératives en fonction de leur nombre de producteurs. Chaque coopérative conserve la moitié de la prime reçue pour développer des projets et répartit l'autre moitié à ses membres (chaque producteur reçoit donc la même prime, ce n'est pas en fonction de la quantité produite).
Utilisation de la prime FLO par les coopératives
Cela fait maintenant 4 ans que les producteurs bénéficient de la prime...
Montillo
La coopérative de Montillo, du lieu-dit Mayambê, a opté pour le développement d'un centre de stockage des cannes à sucre équipé d'une grue et d'une balance. Celui-ci faisait cruellement défaut aux producteurs. En effet, un producteur isolé n'a pas une production suffisante pour rentabiliser le transport. Il fallait donc regrouper les cannes dans un lieu où le chargement sur camion puisse se faire, d'où la grue. Et pour être payé, chaque producteur doit connaitre la quantité produite, d'où la balance.
La prime a aussi permis l'achat d'un terrain et la construction de locaux pour la coopérative.
Parmi les réalisations, on dénombre aussi un téléphone public pour joindre les enfants de producteurs partis travailler à l'étranger. Des cours de cuisine sont dispensés aux femmes car beaucoup ne savent pas utiliser les plantes, légumes et fruits locaux et, au lieu de ça, consomment les produits des grandes multinationales alimentaires…
Les projets lancés sont du soutien scolaire pour les jeunes en difficulté, la construction de locaux, l'entretien d'un point de vente à Asunción et des cours d'informatique. Le soutien scolaire a touché un grand nombre d'enfants pendant 3 mois mais est actuellement en suspens faute de budget suffisant.
La coopérative Manduvira regroupe le plus grand nombre de producteurs. Elle sert en quelque sorte de banque pour ses adhérents par défiance dans le système bancaire paraguayen.
Cette coopérative a acheté du matériel administratif avec la prime et a rénové ses locaux.
Elle a réalisé la construction d'une clinique médicale et assure le paiement des salaires des dentistes, pédiatre et gynécologue. Ce projet était nécessaire car le système de santé paraguayen est peu performant…
La prochaine acquisition sera un tracteur qui tournera entre tous les paysans adhérents aux coopératives pour essayer d'augmenter les rendements de la canne à sucre.
Seule Manduvira n'est pas entièrement dépendante du premium et peut survivre rien qu'avec son système de prêt et d'épargne. La coopérative El Arroyense qui regroupait d'avantage de producteurs de fruits s'est tournée vers les producteurs de cannes pour bénéficier du premium et a progressivement délaissé ses activités pour devenir dépendante du premium. Montillo vit grâce au premium. Cette dépendance n'est pas souhaitable surtout si elle n'existait pas par le passé. D'autant plus que les coopératives ne sont pas prévenues des commandes et des intentions de commandes sur l'année des clients qui achètent à OTI S.A. Leur compte en banque se rempli donc de manière apparemment aléatoire et ils ne peuvent faire aucun projet sur le long terme.
Tous ces projets sont principalement centrés sur les coopératives qui certes ont besoin d'un appui financier pour subsister et se développer. Cependant, la plupart des producteurs de cannes ne bénéficient pas de ces projets car ils sont trop excentrés de la ville où se concentrent ces réalisations et ne disposent pas de moyens pour se déplacer.
Par ailleurs, par manque de ressources, les producteurs laissent leurs sols s'appauvrir. Ainsi les rendements baissent de même que leur revenu. De plus, en dehors de la saison de récolte de la canne qui commence en juin et finit en décembre, les producteurs subissent une période de grande pauvreté car ils n'ont pour la plupart aucune culture, qui ne soit de subsistance, pendant cette période.
On se rend compte alors que des projets plus urgents et de plus large ampleur pourraient être réalisés. Par exemple, un programme de fabrication d'engrais ou tout simplement de transport de l'engrais que l'entreprise de transformation met déjà à disposition ou bien un programme de mise en place d'une seconde culture pour assurer un revenu durant l'été et l'automne aurait pu être mis en place plus tôt. L'année prochaine Manduvira va expérimenter le sésame noir comme culture complémentaire. Cette année, El Arroyense propose une formation avec une parcelle expérimentale de quelques mètres pour faire de l'engrais biologique, mais encore une fois il faut se déplacer pour assister aux cours…
Ce qui nous semble important c'est que la coopérative ne joue pas pleinement son rôle. Elle sert uniquement à récolter le premium mais ne possède aucune force de vente. OTI S.A. ne souhaite pas passer par les coopératives et maintient la relation individuelle avec chaque producteur. D'où l'impossibilité de mettre un prix minimum car l'argent ne bénéficierait qu'à OTI S.A..
Par ailleurs, le système de répartition de la prime qui n'est pas en fonction de la production favorise l'opportunisme. Des paysans se mettent à cultiver un demi-hectare et gagne plus avec le premium qu'avec la production. D'autres partagent leurs terres avec un proche pour recevoir le double de premium.
Les coopératives d'Arroyos y Esteros sont clairement les organisations de producteurs les moins performantes que nous ayons rencontrées jusqu'à présent.
Lien: http://reflet.campus.ecp.fr/~objectifdd/odd2004/commerce_equitable/arroyos_esteros.htm